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Escoublac, le village englouti de La Baule
Sous la forêt d'Escoublac, à La Baule · histoire vraie et légende
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En bref
- Où
- Forêt d'Escoublac, La Baule-les-Pins (La Baule-Escoublac) ; croix sur la Grande Dune derrière la gare
- Quoi
- Le premier village d'Escoublac, enseveli par les dunes entre le XVIe et le XVIIIe siècle
- Dates clés
- 1527 premier bourg abandonné ; 1751 dunes au toit de l'église ; 1779 nouveau village ; 1786 nouvelle église ; 1818 plantation des pins
- À voir
- Église Saint-Pierre d'Escoublac, 31 avenue Henri-Bertho : vitraux du XVIe siècle sauvés de l'ancienne église
- La légende
- La Sainte Famille, refusée par les habitants, et le village englouti
Sous les pins de la forêt d'Escoublac, à La Baule, dort un village entier englouti par le sable. Du prieuré bénédictin du XIe siècle à l'église où l'on entrait par les vitraux, de la tempête de 1751 à la plantation des pins qui ont enfin arrêté la dune : l'histoire vraie d'Escoublac, puis la légende de la Sainte Famille qui, dit-on, expliquerait sa disparition.
Un bourg prospère
Vers 1050, l'évêque de Nantes confie la paroisse aux bénédictins de Saint-Florent-le-Vieil, qui fondent un prieuré dédié à saint Pierre. En 1426, on recense 164 foyers. Mais les vents d'ouest poussent sans cesse le sable vers l'intérieur des terres : les habitants l'appelaient « la cendre de mer ».
Le sable gagne
En 1527, le premier bourg est abandonné. Après la tempête de 1598, puis celle du 4 mars 1751, les dunes atteignent le toit de l'église. En 1770, la justice ordonne aux paroissiens de la dégager à la pelle ; on finit par y entrer par les vitraux, jusqu'à ce que l'évêque en interdise l'accès en 1781.
Un nouveau village, puis une forêt
En 1779, les habitants s'installent un kilomètre plus au nord, sur la route de Guérande. La nouvelle église Saint-Pierre est bénie le 4 juin 1786. À partir de 1818, on plante des pins, et la forêt finit par fixer la dune. En 1876, le lieu-dit La Baule compte onze habitants ; le premier train arrive en 1879.

La Sainte Famille
On raconte qu'un soir, un homme, une femme et leur petit enfant cherchent un toit. Personne ne leur ouvre. Derrière eux, le vent se lève et la mer engloutit le village : c'était la Sainte Famille. Un très vieux thème, déjà chez Ovide avec Philémon et Baucis, que les habitants auraient fixé au bord de la mer.


Questions fréquentes
Où se trouve le village englouti d'Escoublac ?
Sous la forêt d'Escoublac, à La Baule-Escoublac, dans le quartier de La Baule-les-Pins. Sur la Grande Dune, derrière la gare de La Baule-les-Pins, une croix marque l'emplacement de l'église engloutie, à côté d'un blockhaus construit pendant la guerre, probablement sur ses ruines.
Pourquoi Escoublac a-t-il été englouti par le sable ?
Les vents d'ouest poussaient le sable de la plage vers l'intérieur des terres. Le déboisement et les moutons, qui arrachaient les plantes fixant les dunes, ont accéléré l'avancée, et de grandes tempêtes, en 1598 puis le 4 mars 1751, ont aggravé l'ensablement jusqu'au toit de l'église.
Quand le village d'Escoublac a-t-il été abandonné ?
Le premier bourg est abandonné en 1527. Le second, autour du prieuré, lutte pendant plus de deux siècles : en 1770 la justice ordonne de dégager l'église à la pelle, en 1779 les habitants s'installent un kilomètre plus au nord, et en 1781 l'évêque interdit l'accès à l'ancienne église.
Que reste-t-il de l'ancien Escoublac ?
La nouvelle église Saint-Pierre d'Escoublac, bénie le 4 juin 1786 au 31 avenue Henri-Bertho, conserve le maître-autel, des statues, une cloche et des vitraux du XVIe siècle sauvés de l'ancienne église, dont un chevalier en prière et le roi David à la harpe.
Quelle est la hauteur de la dune de la forêt d'Escoublac ?
La dune culmine à 52 mètres, la deuxième plus haute dune côtière de France après celle du Pilat. La forêt, plantée à partir de 1818, couvre 47 hectares et a fini par fixer le sable.
Quelle est la légende d'Escoublac ?
On raconte qu'un soir, un homme, une femme et leur petit enfant cherchent un toit et que personne ne leur ouvre. Derrière eux, le vent se lève et la mer engloutit le village : c'était la Sainte Famille. C'est un très vieux thème, déjà présent chez Ovide avec Philémon et Baucis.
Transcription de l'épisode
Texte intégral de la vidéo, raconté à deux voix par Léa et Marc.
0:00 Un village sous la forêt de La Baule
Léa : Bonjour et bienvenue. Aujourd'hui, direction La Baule. Mais pas pour sa plage.
Marc : Pour ce qu'il y a dessous. Sous les pins de la forêt d'Escoublac, il y a un village entier. Des rues, des maisons, une église... ensevelies sous le sable.
Léa : Et cette fois, ce n'est pas une légende. C'est de l'histoire, écrite noir sur blanc dans les archives de la paroisse.
Marc : Il faut d'abord oublier la station balnéaire. Il y a mille ans, ici, pas de villas, pas de remblai, pas de casino. Une côte basse, des marais, et un petit bourg de paysans : Escoublac.
Léa : Vers 1050, l'évêque de Nantes y fait venir des moines bénédictins de l'abbaye de Saint-Florent-le-Vieil, en Anjou. Ils fondent un prieuré dédié à saint Pierre, bâtissent une église, et des moulins au bord des ruisseaux.
Marc : Le bourg prospère. En 1426, on y recense cent soixante-quatre foyers. Il y a des foires, des vignes, des salines tout près.
Léa : Mais la côte cache un ennemi d'une patience infinie. Les vents d'ouest soufflent presque toute l'année. Ils arrachent le sable de la plage, grain après grain, et le poussent vers l'intérieur des terres.
Marc : Le sable s'accumule, forme des dunes, et les dunes avancent. Lentement. Sans jamais s'arrêter.
Léa : Les habitants avaient un nom pour ce sable si fin qu'il passait sous les portes. Ils l'appelaient « la cendre de mer ».
1:28 Le sable gagne (1527 à 1781)
Marc : Le premier bourg, sans doute bâti près du rivage, finit par céder. En 1527, il est complètement abandonné.
Léa : Les habitants se replient un peu plus haut, autour du prieuré. Un deuxième Escoublac naît, avec son église. Pendant un temps, on se croit à l'abri.
Marc : Mais en 1598, une tempête restée dans les mémoires relance l'invasion. Et les hommes aident le sable sans le savoir : on déboise, et les troupeaux de moutons arrachent les plantes qui retenaient les dunes.
Léa : Le 4 mars 1751, une tempête d'une violence inouïe frappe la côte. Les chroniques parlent aussi d'un tremblement de terre. Quand le calme revient, les dunes ont atteint le toit de l'église.
Marc : En 1770, la justice ordonne à tous les paroissiens de venir dégager l'église à la pelle. Les registres en gardent une trace savoureuse : certains ne viennent pas, ou envoient seulement leur femme... avec les enfants, qui s'amusent dans le sable.
Léa : Peine perdue. La porte disparaît. Pour aller à la messe, les fidèles entrent dans l'église... par les vitraux.
Marc : En 1781, l'évêque de Nantes y met fin : l'église est trop dangereuse, plus personne n'y entre. Et la paroisse risque d'être rattachée à sa voisine, Saint-André-des-Eaux.
Léa : Près de trois siècles de lutte. Et c'est le sable qui gagne.
2:45 La légende de la Sainte Famille
Léa : Voilà ce que disent les archives. Mais un village qui disparaît, ça appelle forcément une légende.
Marc : À Escoublac, on raconte qu'un soir, un homme, une femme et leur tout petit enfant traversent le bourg. Ils sont épuisés, ils cherchent un toit pour la nuit.
Léa : Ils frappent à une porte. Pas de réponse. À une autre. On leur refuse l'entrée. Maison après maison, personne ne veut les accueillir.
Marc : Alors les trois voyageurs reprennent la route, dans la nuit.
Léa : Et derrière eux, le vent se lève. Un grand vent, qui ne faiblit pas. La mer se gonfle, monte, et engloutit le village.
Marc : Ce n'est que bien plus tard que les habitants comprennent qui ils ont laissé dehors : Marie, Joseph et l'Enfant Jésus. La Sainte Famille.
Léa : C'est un très vieux thème. On le trouve déjà chez le poète latin Ovide, avec Philémon et Baucis : le seul couple qui ouvre sa porte à des voyageurs, des dieux déguisés, est épargné, et tout le voisinage est englouti.
Marc : La paroisse d'Escoublac le note elle-même : les habitants auraient fixé cette légende au bord de la mer, pour en faire l'histoire de leur premier village.
Léa : Une légende, donc. Mais elle dit quelque chose de vrai : la peur de voir disparaître sa maison. Et une leçon d'hospitalité qui n'a pas pris une ride.
4:06 Le nouvel Escoublac et l'église Saint-Pierre
Marc : Revenons à l'histoire. En 1779, les habitants prennent une décision radicale : ils abandonnent le bourg et s'installent un kilomètre plus au nord, sur la route de Guérande, loin des dunes.
Léa : La nouvelle église s'élève au carrefour des Grands Chemins, là où passent les diligences entre Guérande et Saint-Nazaire. Première pierre le 22 février 1785, bénédiction le 4 juin 1786, jour de Pentecôte.
Marc : Les paroissiens en paient un quart, et la veulent aux mêmes dimensions que l'ancienne. Ils y apportent ce qu'ils ont pu sauver : le maître-autel en bois sculpté, des statues, une cloche, et des vitraux du seizième siècle.
Léa : On y voit encore un chevalier en prière, et le roi David qui joue de la harpe. L'église Saint-Pierre d'Escoublac est toujours là, avenue Henri-Bertho.
Marc : Mais derrière eux, le désert continue d'avancer. En 1823 encore, un voyageur, Édouard Richer, décrit des dunes mobiles, une plage déserte, des terres sans végétation où tout semble mort.
Léa : Plus de six cents hectares de sable mouvant, entre la mer et les marais salants.
5:13 La forêt qui a arrêté le sable
Marc : La parade, c'est l'arbre. À partir de 1818, on plante : des pins maritimes, des chênes verts, des bouleaux, sur des centaines d'hectares.
Léa : Les paysans, qui menaient leurs bêtes sur les dunes, arrachent d'abord les jeunes plants. Mais la forêt finit par prendre, et ses racines fixent enfin le sable.
Marc : Sur ces dunes domptées, une ville va naître. En 1876, le lieu-dit La Baule compte onze habitants. En 1879, le premier train s'y arrête. Les villas suivent, puis les hôtels. On connaît la suite.
Léa : La forêt d'Escoublac couvre aujourd'hui une dune de cinquante-deux mètres, la deuxième plus haute dune côtière de France, après celle du Pilat.
Marc : Sur la Grande Dune, derrière la gare de La Baule-les-Pins, une croix marque l'emplacement de l'église engloutie. Pendant la guerre, les Allemands y ont construit un blockhaus, probablement sur ses ruines.
Léa : Alors la prochaine fois que vous marcherez sous ces pins, pensez-y : sous vos pas, il y a un village entier.
Marc : C'était l'histoire d'Escoublac, le village englouti par le sable.
Léa : À bientôt pour une nouvelle légende de la presqu'île guérandaise.
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