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Ker Juliette, la couturière et le premier maire
Pornichet, quartier de Sainte-Marguerite · une histoire vraie
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En bref
- Où
- Quartier de Sainte-Marguerite, à l'est de Pornichet ; villa au 2 avenue des Bleuets
- Quoi
- Villa de style britannique de 1886, maison de Charles Mercier et de Juliette, qui a donné son nom à la villa
- Dates clés
- 1880 achat des dunes ; 1886 lotissement et villa ; 1895 Hôtel de la Plage ; 9 avril 1900 création de la commune ; 13 mai 1900 Charles Mercier premier maire ; 1951 colonie Rhône-Poulenc
- À voir
- Le parcours du patrimoine de Sainte-Marguerite : départ de la plage, environ 1 h 30, plaques émaillées sur les villas
- Ce que l'on racontait
- Une fille fragile envoyée respirer l'air de la mer ; en réalité, un mariage avec une couturière que la famille refusait
Pourquoi un riche avocat parisien est-il venu bâtir tout un quartier sur les dunes de Sainte-Marguerite, à Pornichet ? On a longtemps raconté que c'était pour soigner sa fille. La vraie raison est une histoire d'amour avec une couturière, et elle a donné à Pornichet son premier maire.
L'air de la mer pour une fille fragile
Selon la petite histoire locale, Marguerite, la fille unique de Charles Mercier, aurait été de santé fragile, et les médecins lui auraient prescrit l'air marin. Son père aurait choisi cette côte pour la soigner. Marguerite a vécu à Pornichet jusqu'à cent quatre ans.
Un mariage qui fâche
Charles Mercier, né en 1856 dans une famille de chirurgiens réputés, assez riche pour ne jamais exercer son métier d'avocat, épouse Juliette, une simple couturière. Sa famille est furieuse : pour échapper à sa colère, il quitte Paris. En 1880, il achète au comte de Réaulx une vingtaine d'hectares de dunes entre la pointe de Chémoulin et Bonne-Source.
Sainte-Marguerite et Ker Juliette
En 1886, il crée le lotissement de Sainte-Marguerite, du nom de la sainte patronne de sa fille, avec un cahier des charges strict : ni commerces ni casino. La même année, il fait construire dans un parc de trois hectares une villa de style britannique dessinée par l'architecte nazairien Henri Van Den Broucke : Ker Juliette, la maison de Juliette. En 1895, il ouvre avec deux amis, le Britannique Charles Spiers et le Belge Ernest Ortmans, l'Hôtel de la Plage de Sainte-Marguerite, où passent une clientèle anglaise et américaine, le comte Zeppelin, la reine Ranavalona III en exil et le compositeur André Messager.
Le premier maire de Pornichet
Adjoint spécial de Saint-Nazaire pour ce bout de côte, il milite avec des amis nantais pour que Pornichet devienne une commune. C'est chose faite le 9 avril 1900, et le 13 mai 1900 il en devient le premier maire. Il assainit les anciens marais salants, lance une nouvelle école et une poste, aménage la place de la mairie, remet en état les avenues et installe le gaz. Il quitte la mairie en 1908 pour raison de santé et écrit la devise de la ville, adoptée en 1912 : « Nanti Neptunus favet amicus », l'ami Neptune est favorable au nageur. Il meurt en 1932 dans sa villa, face à la mer.
Ce que la villa est devenue
En 1951, Marguerite vend la villa et son parc au groupe Rhône-Poulenc, qui en fait une colonie de vacances pour les enfants de ses salariés jusqu'en 2000. L'Hôtel de la Plage a été rasé en 1978. Ker Juliette est toujours debout, au milieu de son parc, devenue un domaine hôtelier.





Questions fréquentes
Qui était Juliette, de la villa Ker Juliette à Pornichet ?
Juliette était l'épouse de Charles Mercier, une simple couturière selon le site patrimoine de l'office de tourisme de Pornichet. Son mariage avec cet avocat parisien issu d'une famille de chirurgiens réputés a provoqué la colère de sa famille, et c'est pour y échapper qu'il est venu s'installer sur les dunes de Pornichet. « Ker » signifie maison dans le nom des villas de la côte : Ker Juliette, c'est la maison de Juliette.
Qui a construit la villa Ker Juliette ?
Charles Mercier l'a fait construire en 1886, dans un parc de trois hectares du quartier de Sainte-Marguerite qu'il venait de créer. La villa, de style britannique, a été dessinée par l'architecte nazairien Henri Van Den Broucke.
Qui a été le premier maire de Pornichet ?
Charles Mercier, élu le 13 mai 1900, quelques semaines après la création de la commune le 9 avril 1900 sur des territoires pris à Saint-Nazaire et à Escoublac. Il a assaini les anciens marais salants, lancé une nouvelle école et une poste, aménagé la place de la mairie et installé le gaz. Il a quitté la mairie en 1908 pour raison de santé et est resté conseiller municipal jusqu'en 1918.
D'où vient le nom du quartier de Sainte-Marguerite à Pornichet ?
Charles Mercier a créé le lotissement en 1886 et l'a nommé d'après la sainte patronne de sa fille unique, Marguerite. Son cahier des charges interdisait commerces et casino, pour garder le calme du quartier.
Que signifie la devise de Pornichet ?
« Nanti Neptunus favet amicus » : l'ami Neptune est favorable au nageur. Elle a été écrite par Charles Mercier et adoptée en 1912, en clin d'œil à la devise de Nantes, pour remercier les Nantais qui ont aidé Pornichet à devenir une commune.
Peut-on visiter Ker Juliette ?
La villa est aujourd'hui au cœur d'un domaine hôtelier privé. Le parcours du patrimoine de Sainte-Marguerite, qui part de la plage et se fait en une heure et demie environ, y mène : ses plaques émaillées racontent les villas du quartier une à une. L'office de tourisme de Pornichet propose aussi des visites guidées.
Transcription de l'épisode
Texte intégral de la vidéo, raconté à deux voix par Léa et Marc.
0:00 Bienvenue à Sainte-Marguerite
Léa : Bonjour et bienvenue. Aujourd'hui, direction Pornichet, dans le quartier de Sainte-Marguerite, à l'est de la ville, sur la route de Saint-Nazaire.
Marc : Des avenues à l'ombre des pins, des villas cachées derrière les haies, une petite plage entre deux pointes rocheuses. Et au milieu d'un grand parc, une villa : Ker Juliette.
Léa : Sur cette côte, le mot breton « ker » veut dire la maison. Ker Juliette, c'est donc la maison de Juliette.
Marc : Mais qui était Juliette ? Et pourquoi un riche Parisien est-il venu bâtir tout un quartier au milieu des dunes ?
Léa : Pour comprendre, il faut oublier la station balnéaire. Au milieu du dix-neuvième siècle, Pornichet n'est pas une commune. C'est un village d'environ quatre cents habitants, partagé entre Saint-Nazaire et Escoublac, la future La Baule.
Marc : On y vit du sel, de la pêche et de la terre. Les bateaux s'abritent dans un étier, un chenal d'eau de mer qui menait aux marais salants, là où se trouve aujourd'hui l'hippodrome.
Léa : Entre la pointe de Chémoulin et Bonne-Source, presque rien : des dunes, quelques bois, et le vent.
Marc : En 1880, un jeune avocat parisien, Charles Mercier, achète au comte de Réaulx une vingtaine d'hectares de ces dunes.
Léa : Pourquoi ici ? Pendant longtemps, on a raconté la même histoire à Pornichet.
Marc : Sa fille unique, Marguerite, aurait été de santé fragile. Les médecins lui auraient prescrit l'air de la mer. Et son père aurait choisi cette côte pour la soigner.
Léa : C'est une jolie histoire. Mais ce n'est pas la vraie.
1:37 La vraie histoire : Charles et Juliette
Marc : Ceux qui connaissent bien le patrimoine de Pornichet racontent une tout autre histoire.
Léa : Charles Mercier est né en 1856, dans une famille de chirurgiens réputés. Une famille si riche qu'il n'a jamais besoin d'exercer son métier d'avocat.
Marc : Mais Charles tombe amoureux. Et pas de n'importe qui : de Juliette, une simple couturière.
Léa : Il l'épouse. Dans la bonne société parisienne de l'époque, c'est un scandale. Sa famille est furieuse.
Marc : Alors, pour échapper à la colère des siens, Charles quitte Paris pour le bout du monde, ou presque : les dunes de Pornichet.
Léa : Un exil, donc. Pas une cure.
Marc : Et la petite fille fragile ? Marguerite a vécu à Pornichet jusqu'à l'âge de cent quatre ans.
Léa : L'air de la mer lui a sans doute réussi... mais elle n'était pas la raison du voyage.
Marc : On comprend comment la légende est née. Une histoire de santé, c'est respectable. Un mariage qui fâche une famille, ça se raconte moins volontiers.
Léa : Alors on a gardé la version la plus convenable, et la couturière s'est effacée du récit.
Marc : Pourtant, les deux femmes sont partout. Le quartier porte le nom de la sainte patronne de la fille : Sainte-Marguerite. Et la villa porte le prénom de l'épouse : Ker Juliette.
2:48 Sainte-Marguerite, Ker Juliette et l'Hôtel de la Plage
Léa : En 1886, Charles Mercier passe à l'action. Il découpe ses dunes en terrains à bâtir et crée le lotissement de Sainte-Marguerite.
Marc : Avec des règles très strictes, écrites noir sur blanc : pas de magasins, pas de casino. Rien qui fasse trop « ville ». Ici, on vient pour le calme.
Léa : La même année, il fait construire sa maison dans un parc de trois hectares : une grande villa de style britannique, dessinée par un architecte de Saint-Nazaire, Henri Van Den Broucke. C'est Ker Juliette.
Marc : Puis, petite entorse à ses propres règles, il s'associe à deux amis : un Britannique du nom de Spiers, et un Belge de Liège, Ernest Ortmans. En 1895, ils ouvrent au bord de la plage l'Hôtel de la Plage de Sainte-Marguerite.
Léa : Trois étages, cinquante lits, une terrasse vitrée face à la mer. Les clients sont surtout anglais et américains.
Marc : Et on y croise du beau monde : le comte Zeppelin, celui des dirigeables ; Ranavalona III, la dernière reine de Madagascar, alors en exil ; le compositeur André Messager.
Léa : Et Sarah Bernhardt séjourne à deux pas, chez son ami Albert Carré, le directeur de l'Opéra-Comique.
Marc : On aménage un court de tennis, et un golf de neuf trous, le premier de la presqu'île.
Léa : Et le casino interdit ? Un petit casino, officieux, ouvre un temps... dans la villa voisine de l'hôtel.
Marc : Même au royaume du calme, les règles ont leurs exceptions.
4:22 Charles Mercier, premier maire de Pornichet
Léa : Mais Charles Mercier ne se contente pas de son quartier. Il s'engage dans la vie publique.
Marc : À l'époque, Sainte-Marguerite dépend de Saint-Nazaire. Mercier devient adjoint spécial, l'élu chargé de ce bout de côte éloigné du centre.
Léa : Et il défend, avec des amis nantais, une idée : faire de Pornichet une commune à part entière.
Marc : Il faut des années et de nombreuses pétitions. Enfin, le 9 avril 1900, Pornichet naît officiellement, découpée sur Saint-Nazaire et Escoublac. Elle compte alors près de mille deux cents habitants.
Léa : Le 13 mai 1900, le premier conseil municipal est installé. Et le premier maire de Pornichet, c'est Charles Mercier.
Marc : Une commune toute neuve, sans mairie et sans services publics. Le conseil se réunit d'abord dans une école.
Léa : Le nouveau maire assainit les anciens marais salants, devenus insalubres. C'est d'ailleurs sur ces anciens marais que l'hippodrome voit le jour, en 1907.
Marc : Il lance aussi la construction d'une nouvelle école et d'une poste, aménage la place de la mairie, remet en état les avenues et installe le gaz.
Léa : En 1908, pour raison de santé, il quitte son poste de maire. Mais il reste conseiller municipal jusqu'en 1918.
Marc : Et c'est lui qui écrit la devise de la ville, adoptée en 1912. En latin... Nanti Neptunus favet amicus. L'ami Neptune est favorable au nageur.
Léa : Un clin d'œil à la devise de Nantes, pour remercier les Nantais qui ont aidé Pornichet à naître.
5:48 Ker Juliette aujourd'hui
Marc : Charles Mercier meurt en 1932, dans sa villa.
Léa : Le conseil municipal lui rend hommage. On y raconte qu'il s'est éteint face à la mer, après avoir regardé une dernière fois, depuis son balcon, ce paysage qu'il aimait tant.
Marc : Il repose à Paris, au cimetière du Père-Lachaise. Mais c'est à Pornichet qu'il a laissé sa trace.
Léa : Marguerite hérite de Ker Juliette. En 1951, elle vend la villa et son parc au groupe Rhône-Poulenc, qui en fait une colonie de vacances pour les enfants de ses salariés. Jusqu'en 2000, des générations d'enfants y passent leurs étés.
Marc : L'Hôtel de la Plage, lui, n'a pas eu cette chance. Il a été rasé en 1978.
Léa : Ker Juliette est toujours debout, au milieu de son parc, devenue un domaine hôtelier.
Marc : Le parcours du patrimoine de Sainte-Marguerite y mène. Il part de la plage, se fait en une heure et demie environ, et ses plaques émaillées racontent les villas une à une, jusqu'à Ker Juliette.
Léa : Alors la prochaine fois que vous passerez avenue des Bleuets, pensez-y : ce quartier porte le nom d'une petite fille, cette maison le prénom d'une couturière. Et Pornichet doit son premier maire à un mariage que la famille de Charles n'acceptait pas.
Marc : C'était l'histoire de Ker Juliette, à Pornichet.
Léa : À bientôt pour une nouvelle histoire de la presqu'île de Guérande.
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